Printemps (Stéphan Pacchiano 2004) ========= C'est le printemps, comme les crêtes des coqs, les egos des hommes se couvrent de pourpre et se dressent sur leurs ergots toujours plus haut, toujours plus visibles pour captiver le regard des belles qui, au loin ne les auraient pas encore remarqué. C'est le printemps, la sève monte, brisant inexorablement sur son passage les coeurs De ceux qui se croyait à l'abri, bien au chaud sous leur quotidien douillet Ils passent au frigo la saison chaude, yeux mouillés et tremblant sous le soleil qui pique, Attendant que vienne l'automne pour qu'on les ramasse enfin à la pelle. C'est le printemps, les chairs se délivrent des tissus dans lesquels elles étouffaient. Les coudes se dérident un peu et sourient gentiment aux aisselles, les bouts des pieds retrouvent l'air libre, embaumant les trottoirs et le nez des petits chiens de leurs fumets odorants. C'est le printemps, tout se gonfle, tous me gonflent, va boire ailleurs si j'y suis, Des échafauds hors d'age s'appuient sur de vieux murs qui n'ont pas su passer l'hiver, Des grues barrent le ciel, et vas-y que ça troue, que ça pelle, que ça s'élève, vas-y les décibels et bientot les parpaings disputent aux feuilles le privilège de cacher le soleil. C'est le printemps, ca se remet à sentir dans les villes et les campagnes, le jasmin, le purin, le fumier, la fleur d'oranger, y en a pour toutes les odeurs et tous les égouts, et les néo-ruraux se balladent sur les chemins de terre le nez coulant, la ventoline en poche, les yeux rouges comme un rideau de théatre enfumé, jurant qu'on ne les y reprendra plus jamais. C'est le printemps, les ponts s'étirent à coup de RTT et déversent sur le sud leur pale cargaison, les cons s'enhardissent, ils préparent leur mauvaises blagues et leurs histoires à faire rire les connes, qu'ils affuteront au fil des communions, des repas sans répits, tout le long des banquets d'amicales de gens qui ne se parlent plus depuis longtemps, mais qui donneront 5 euros pour la couronne à l'enterrement C'est le printemps et malgré tout, je crois que je suis content.